Le tarot est né en Italie du Nord, et c’était un jeu de cartes
Les premiers tarots apparaissent à Milan, Ferrare et Bologne dans la première moitié du XVe siècle. On y jouait, avec des règles de levées et d’atouts qui existent encore. L’usage divinatoire est postérieur de trois siècles et il est né en France.
Milan, Ferrare, Bologne
Les plus anciens jeux conservés sont des tarots peints à la main pour des cours d’Italie du Nord, autour de 1440. Les jeux dits Visconti-Sforza, réalisés pour les ducs de Milan, en sont les exemples les mieux documentés. Ils comportent déjà la structure qui définit le tarot : quatre couleurs classiques auxquelles s’ajoute une cinquième série de figures servant d’atouts permanents.
Le mot italien tarocchi n’apparaît que plus tard, vers 1500 ; les documents antérieurs parlent de carte da trionfi, littéralement cartes de triomphes, c’est-à-dire d’atouts. Le vocabulaire dit bien ce dont il s’agit : une innovation de jeu, pas un système symbolique.
Un jeu qui n’a jamais cessé d’être joué
C’est le point que la plupart des présentations omettent. Le tarot est resté un jeu de cartes populaire dans une large moitié de l’Europe, et il l’est encore. On y joue en France sous le nom de tarot français, en Italie avec les tarocchini de Bologne, en Autriche et en Hongrie sous le nom de Königrufen ou de Tarokk, en Slovénie sous celui de Tarok.
Ces jeux partagent un mécanisme commun de levées avec atouts, et leurs jeux de cartes ont suivi des évolutions régionales : le tarot de jeu moderne d’Europe centrale a remplacé les figures anciennes par des scènes de genre, tandis que le tarot dit de Marseille a fixé une iconographie qui, elle, servira plus tard à la divination.
L’usage divinatoire arrive en France au XVIIIe siècle
Le basculement est daté et localisé. C’est dans la France des années 1780 que le tarot est réinterprété comme un livre de symboles, sous l’impulsion d’auteurs qui lui prêtent une origine égyptienne aujourd’hui écartée par les historiens. Un cartomancien parisien connu sous le nom d’Etteilla publie alors les premiers manuels et fait imprimer les premiers jeux conçus pour la divination.
Autrement dit, entre l’apparition du tarot et son usage divinatoire, il s’écoule environ trois cent cinquante ans, et un changement de pays. C’est cette césure qui explique que le tarot de Marseille, qui sert de référence à la tarologie francophone, soit d’abord un jeu imprimé à Marseille et à Lyon pour être joué.
Deux objets, un seul nom
Il en résulte une ambiguïté durable. Quand un Autrichien et un Français disent « tarot », ils ne parlent pas du même objet : l’un pense à une partie à quatre joueurs, l’autre à un tirage. Les deux usages sont légitimes et historiquement liés, mais ils ne se recouvrent pas, et confondre les deux fait manquer l’essentiel de l’histoire de ces cartes.
Questions fréquentes
Le tarot vient-il d’Égypte ?
Non. Cette origine a été proposée à la fin du XVIIIe siècle, avant le déchiffrement des hiéroglyphes, et les travaux d’histoire des cartes à jouer l’ont écartée. La filiation documentée part des cartes à jouer venues du monde islamique vers l’Italie au XIVe siècle.
Quelle différence entre tarot de Marseille et tarot de jeu ?
L’iconographie et l’usage. Le tarot de Marseille conserve les figures anciennes et sert aujourd’hui surtout à la cartomancie ; les tarots de jeu d’Europe centrale ont remplacé ces figures par d’autres images et servent à jouer, avec 54 ou 78 cartes selon les variantes régionales.
Combien de cartes compte un tarot ?
Soixante-dix-huit dans le tarot de Marseille comme dans le tarot français de jeu : cinquante-six cartes réparties en quatre couleurs, vingt et un atouts et une carte sans numéro. Les tarots régionaux d’Italie et d’Europe centrale connaissent des formats réduits.