Les runes en Scandinavie : un alphabet d’abord, un tirage ensuite
Les runes sont un système d’écriture attesté du IIe siècle à la fin du Moyen Âge, sur des milliers d’inscriptions. Le tirage de runes tel qu’il se pratique aujourd’hui est une création du XXe siècle, et la distinction entre les deux est nette.
Un alphabet, et des milliers d’inscriptions
Les runes forment un alphabet utilisé par les peuples germaniques, dont la version la plus ancienne compte vingt-quatre signes et porte le nom de futhark, formé sur la valeur de ses six premières lettres. Une version réduite à seize signes s’impose en Scandinavie à l’époque viking.
Ce que l’on en connaît vient d’un corpus considérable : la Suède compte à elle seule plusieurs milliers de pierres gravées. Les inscriptions sont le plus souvent commémoratives, indiquant qui a fait dresser la pierre et en mémoire de qui. Les pierres de Jelling, au Danemark, en sont l’exemple le plus visité ; celle de Rök, en Suède, porte le texte runique le plus long connu.
Ce que les sources disent de la divination
Les sources antiques et médiévales décrivent bien des pratiques de tirage de sorts chez les peuples germaniques. Tacite, au Ier siècle, rapporte l’usage de marques tracées sur des baguettes de bois, tirées et interprétées. Mais il n’écrit pas que ces marques étaient des runes, et le rapprochement, souvent fait, reste une hypothèse.
Le point de méthode est important : il existe des indices d’une pratique divinatoire, et il existe un alphabet runique abondamment attesté ; ce qui manque est la démonstration que l’un servait à l’autre de façon systématique.
Le tirage moderne date des années 1980
La forme sous laquelle on rencontre aujourd’hui les runes divinatoires, un jeu de vingt-quatre pièces tirées et disposées selon des schémas, est récente et bien datée. Elle se diffuse à partir des années 1980, avec des ouvrages qui fixent un ordre d’interprétation et ajoutent parfois une pièce vierge inconnue des sources anciennes.
Cette création moderne s’inscrit dans un mouvement plus large de réappropriation des traditions nordiques en Europe du Nord, qui touche aussi les fêtes, les cercles de reconstitution et certaines pratiques religieuses contemporaines.
Une vigilance nécessaire
Les symboles runiques ont été utilisés au XXe siècle par des mouvements politiques d’extrême droite, qui en ont détourné plusieurs. Un site qui traite de ces traditions doit le savoir et le dire : la mention d’une rune n’est pas neutre selon le contexte où elle apparaît, et l’intérêt historique pour l’écriture runique n’a rien à voir avec ces récupérations.
Questions fréquentes
Les Vikings tiraient-ils les runes comme on le fait aujourd’hui ?
Rien ne permet de l’affirmer. Les sources attestent des tirages de sorts et attestent l’alphabet runique, mais pas la pratique moderne du jeu de vingt-quatre pièces, qui est documentée à partir des années 1980.
Combien de runes compte un futhark ?
Vingt-quatre pour le futhark ancien, seize pour le futhark récent employé en Scandinavie à l’époque viking, et jusqu’à trente-trois pour les variantes anglo-saxonnes. Les jeux divinatoires contemporains reprennent le plus souvent les vingt-quatre du futhark ancien.
Où voir des pierres runiques ?
En Suède, où elles sont les plus nombreuses, notamment dans l’Uppland ; au Danemark, sur le site de Jelling classé au patrimoine mondial ; en Norvège et sur l’île de Man. Beaucoup sont restées en place, d’autres sont conservées dans les musées nationaux.